Rythmes & Littérature (I/2)
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Ces textes sont extraits d'écrits, de conférences et d'interventions culturelles de L. BEN AYED. Une modeste contribution à la réflexion sur la culture.
Est-il une vie
qui ne soit
rythmée ?...

Mémoires des rythmes, mémoire du monde

Dans notre univers, tout est rythme, tout est cadence. Du battement du cœur au grondement du tonnerre et de la chute d'une feuille morte à l'ondulation d'une vague. Chaque mouvement, chaque son, de sa genèse à son trépas, aussi chaotique et arythmique qu'il puisse paraître, suit une trajectoire déterminée qui s'accomplit pendant un laps de temps ou des siècles et inscrit son vécu au sein de l'histoire du monde. Il suffit de solliciter nos sens, de prêter attention à cette trajectoire et nous finissons (avec plus ou moins de bonheur) par en déceler les cycles et la cadence.
A partir de cette conception, il devient possible de mémoriser, de transcrire et de codifier le rythme d'une phrase (discours, rire, appel, ...) ou le mouvement d'un artisan (cordonnier, forgeron, tisserand, etc...) aussi aisément que s'il s'agissait du rythme d'une chanson ou du mouvement d'un pas de danse.


Quand j'intercepte un mouvement en pleine trajectoire, tel que celui de mon cœur, il me suffit de fixer un moment pour commencer à compter les battements ... de mesure et construire des phrases rythmiques. Ces phrases accompagneront un bout de chemin l'histoire de ma vie. Un parcours durant lequel je peux sauter un battement ou redéfinir le point de départ mais sans jamais pouvoir revenir en arrière.
C'est selon cette même démarche que les hommes, après avoir décelé (imparfaitement, d'ailleurs) les divers cycles de la nature (années, saisons, etc...) ont commencé à écrire l'histoire de l'humanité et établi les calendriers, véritables transcriptions du rythme de l'histoire.

Cependant, l'évolution de l'histoire, à l'instar de celle des mouvements des artisans et des danseurs, n'a pas toujours été perçue de la même façon par tous les hommes dans les quatre coins de la terre. Les uns se sont attachés aux cycles lunaires, les autres aux cycles solaires ou agraires; de même, les uns ont été plus imprégnés par le rythme du galop de cheval alors que les autres par celui de l'orfèvre ou du marteleur de cuivre. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir et d'entendre des paysans ou des artisans fredonner des mélodies rythmées par la cadence de leur travail.
Qui plus est, aujourd'hui même, dans certaines usines ultra modernes tant en Allemagne qu'au Japon ou au Brésil, les ouvriers travaillent en écoutant des airs savamment composés sur des rythmes propres à maintenir une certaine cadence de production.

Ainsi, nous constatons que les rythmes ont été créés et adoptés par les peuples du monde selon les affinités et les prédispositions culturelles de ces derniers. Ils ont accompagné leur vie quotidienne et participé à forger leur identité. Ils constituent une partie de leur mémoire.
Ces rythmes, tout comme la littérature ou les autres arts, ont voyagé, colportés par les marins, les commerçants, les déportés (esclaves) et souvent aussi par les artistes en mal d'espace.

Suivre ces rythmes (musicaux), remonter à leurs sources , les reconsidérer dans leurs contextes culturels nous amène quelque peu à retracer la mémoire du monde./.

World Music ? Je ne connais pas...
Aujourd'hui, les maîtres du pouvoir technologique (disques, télévision, satellite) arrivent à faire émerger et réussir certains rythmes (c'est le cas d'autres aspects de la culture) aux dépens de la pléthore de rythmes dont regorgent les civilisations du globe. La médiatisation à outrance, ajoutée à la sélectivité mercantile et à la mystification des origines, risque fort d'appauvrir le patrimoine musical au lieu de favoriser avec sagesse les échanges culturels et d' enrichir les hommes.
On parle de «World-Music », un concept industriel et purement commercial inacceptable au plan artistique.
Voici un exemple pour en décrire le processus : on met en place une boucle rythmique et un Rif simples (2 ou 4 temps), une nappe de synthé avec des accords d'ambiance, une mélodie qui emprunte un air exotique vous rappelant un peu le moyen ou l'extrême orient (mode Nahawand ou Hijaz), un instrument venu d'ailleurs (Zokra, Darbouka, Djembé). Ces instruments contribuent au décor. Un clip video où les nanas de différentes origines ethniques font de leur mieux pour vous séduire. Des images superbes, etc… Le résultat est parfait. Mais est-ce pour autant une wolrld music ?. C'est un beau clip qui permettra de faire vendre les cd et les produits annexes. Moi je n'y vois point de World-music. C'est un « World product » et point. Puisqu'il est médiatisé partout dans le monde. …

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